La chute, par Mathieu Maynadier

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2022-07-26 14:33:31

Retour sur la chute de Mathieu Maynadier

Pour Mathieu, le confinement n’est pas terminé. Le 28 mai dernier, après quelques jours de liberté, il se retrouve à nouveau enfermé pour plusieurs semaines au CERS de Cap Breton suite à un accident.

Des rĂ©cits d’accident en escalade on en lit souvent mais on se dit toujours que ça n’arrive qu’aux autres. Mathieu nous livre le rĂ©cit de sa chute et nous pousse Ă  rĂ©flĂ©chir sur notre pratique pour grimper toujours en toute sĂ©curitĂ© !

« Dimanche 5 juillet 2020 mĂ©tĂ©o parfaite dans les Alpes et moi je suis sur mon lit avec un sac de glace sur la cheville, confinĂ© au CERS de Cap breton … Et lĂ  je me dis que vraiment c’est trop naze de se retrouver dans cet Ă©tat pour une nĂ©gligence.

Mais petit retour en arrière : mai 2020 comme tout le monde après deux mois confinĂ© Ă  la maison j’ai les crocs !! MĂŞme si on est toujours limitĂ© Ă  100km on a largement de quoi faire dans les Hautes Alpes pour bien s’amuser.

Du coup reprise de la falaise d’abord tranquillement, puis comme les sĂ©ances de training du confinement font leur effet (merci @melissalenevecoaching) je me dis que c’est le bon moment pour s’atteler Ă  un chantier de longue date. Â»

LE DÉPART

« Jeudi 28 mai direction Aile froide avec deux copains grimpeurs. Dans ce rĂ©cit je donne pas mal de dĂ©tails qui peuvent paraĂ®tre insignifiants mais qui ont en fait leur importance.

Je suis un peu fatigué d’avoir pas mal enchaîné les jours d’avant mais il fait grand beau et je pars pour faire juste une petite séance, poser les paires revoir les mouvements. Je prends dans mon sac du matos que je compte laisser à la falaise le temps que la voie se laisse dompter :

  • un jeu de dĂ©gaines Ă  laisser en place
  • une vielle corde dont les extrĂ©mitĂ©s ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© un peu fatiguĂ©es

Dans le speed (j’ai trouvĂ© des grimpeurs dispos qu’au dernier moment) je jette cette corde machinalement dans mon sac sans rĂ©flĂ©chir. Moins speed j’aurais dĂ» me rendre compte que cette corde très lĂ©gère ne devait pas ĂŞtre bien longue. Â»

L’ASCENSION …

« Dès l’échauffement on se rend compte qu’en effet elle est bien trop courte mais ça passe, en faisant attention au prix d’une manĹ“uvre un peu pĂ©rilleuse on peut faire la sĂ©ance.

Le départ de la voie est une dalle facile du coup l’assureur grimpe sur cinq mètres ce qui permet de poser le grimpeur au sol puis il lâche la corde et désescalade.

C’est pas très malin de faire ça mais ça marche. On finit comme ça pour aujourd’hui puis je changerai la corde pour les autres jours … On fait tous deux montĂ©es dans nos projets respectifs puis comme je sens que je bouge bien et qu’il n’est pas tard je pars pour un dernier « calage Â» ce serait bĂŞte de tomber pour une erreur de mĂ©thode … Autant demain je torche !!

Mes compagnons ont fini leur sĂ©ance je suis donc le dernier puis on rentre … dans nos tĂŞtes on est surement dĂ©jĂ  partis. Â»

… ET PUIS LA CHUTE

« Je pars dans la voie et pendant que je grimpe, une autre cordĂ©e arrive Ă  la falaise, des potes Ă  nous. Comme je fais du point Ă  point mon assureur n’est surement pas focus comme pendant un essai. En bas ça discute, l’autre cordĂ©e se prĂ©pare, bref on n’est plus seulement tous les trois, focus sur nos projets.

De mon cĂ´tĂ© j’atteins le relais et dit Ă  mon assureur de me descendre sans repenser Ă  la fameuse manip’ que l’on doit faire Ă  cause de la longueur de la corde. La voie est dans un gros dĂ©vers je suis donc plein gaz alors que je descends vers le sol. En bas ça discute toujours, les autres se prĂ©parent Ă  y aller tandis que pour nous c’est fini on rentre. Â»

Tout va très vite

« Je suis en train de desserrer en regardant mon assureur quand tout Ă  coup vision d’horreur. J’ai juste le temps de voir la corde lui filer entre les mains avant de me sentir happĂ© par le vide.

Tout va très vite. Un premier gros choc puis roulé boulé dans les blocs qui se termine pas une glissade sur un névé. Je relève la tête, je suis conscient mais j’ai quand même du sang qui coule de ma tête et surtout, une douleur assez forte à la cheville. Le reset semble ok à part quelques contusions un peu partout.

J’ai vraiment eu beaucoup de chance, je suis tombé sur un talus et non une surface plane ce qui à un peu amorti le choc, juste avant d’être propulsé dans des blocs tête la première. Là encore, beaucoup de chance, ma tête n’a pas tapé trop fort.

Rapidement les autres arrivent un peu affolés, ils m’ont vu tomber puis disparaître tête la première dans le talus. Ma cheville se transforme instantanément en une grosse patate et je comprends vite que j’ai quelque chose. Impossible de rentrer à pied du coup déclenchement des secours puis évacuation vers l’hôpital de Briançon.

A première vue pas de grosse fracture mais impossible de faire un diagnostique prĂ©cis tant que l’œdème ne dĂ©gonfle pas un peu. Une semaine, après le verdict tombe : double entorse de stade 3 avec un arrachement osseux sur la mallĂ©ole interne … bref un Ă©tĂ© qui s’annonce moins excitant que prĂ©vu !! Â»

ET MAINTENANT ?

« A ce jour je finis ma rééducation et je commence Ă  poser le pied et faire quelques pas (S+6 ) je devrais ĂŞtre en mesure de regrimper en moulinette et faire du vĂ©lo en aoĂ»t. Pour ce qui est de vraiment cramponner et aller en montagne ça devrait prendre plus de temps et probablement attendre ma deuxième session au cers dĂ©but septembre.

Je viens d’être victime de l’accident le plus frĂ©quent en falaise (cf assureur FFME) : corde trop courte pas de nĹ“ud en bout de corde. Â»

ON FAIT L’BILAN, CALMEMENT

« Au final je m’en tire bien mais c’est quand mĂŞme rageant de se faire mal comme ça alors que ce genre d’accident ne devrait pas arriver. Mais ça m’est arrivĂ©, et en discutant avec beaucoup de grimpeurs je me suis rendu compte que la plupart des gens qui passent beaucoup en falaise ont eu un jour ou l’autre un incident de la sorte. Moi-mĂŞme j’ai une fois fait la mĂŞme faute d’inattention heureusement pour moi (et pour lui) le grimpeur allait poser le pied au sol lorsque la corde est sortie de mon système d’assurage …

MĂŞme si c’est trop tard pour refaire le match il est important de malgrĂ© tout tirer un enseignement de ce genre de mĂ©saventure. Â»

SOYONS PRUDENTS

Ces accidents ne sont pas une fatalitĂ©, et on peut faire baisser les stats. C’est pour cette raison que j’ai insistĂ© sur certains dĂ©tails dont vous allez comprendre l’importance et sur lesquels il faut ĂŞtre vigilants :

  • Le speed : je ne trouvais pas de grimpeurs disponibles la veille au soir je suis donc parti un peu au dernier moment le matin sans avoir pris le temps de correctement faire mon sac.
  • La fatigue : j’étais fatiguĂ© ce matin-lĂ  donc moins alerte j’aurais peut-ĂŞtre dĂ» m’écouter et rester Ă  la maison.
  • Le double check : ça commence Ă  rentrer dans les mĹ“urs mais le double check doit ĂŞtre systĂ©matique et si le grimpeur doit contrĂ´ler son encordement, l’assureur doit lui vĂ©rifier son système d’assurage ainsi que sa corde. S’assurer qu’un nĹ“ud est toujours fait en bout de corde.
  • La rigueur : qui ne s’est jamais retrouvĂ© avec une corde trop courte en falaise ? DorĂ©navant si cela se reproduit je « bricolerai Â» plus !! Nous n’avons pas voulu gâcher une journĂ©e en falaise en rentrant changer de corde, au final c’est une saison qui passe Ă  la trappe.
  • La concentration : on a peut-ĂŞtre trop tendance Ă  ĂŞtre distrait au pied des voies : discussions, tĂ©lĂ©phone, musique… Se forcer Ă  rester dans sa bulle lorsque l’on assure est aussi important que lorsque l’on grimpe. 

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